La Bhagavad Gita expliquée par Patrik Frapeau
J'ai été fière d'enregistrer le podcast avec Patrick aujourd'hui et de partager avec lui nos réflexion sur ce poème qui ne laisse personne indifférent : la Bhagavad Gita.
Patrick est professeur de yoga depuis plus de 20 ans, je le trouve personnellement exceptionnel de par son authenticité et franc parlé. Il est une référence du yoga en France et à l'international.
Je vous propose dans cet article un résumé de la première partie du podcast, racontant la Bhagavad Gita de manière claire et limpide. Patrick, véritable expert des textes fondateurs du yoga, connaît ces écrits bien mieux que moi.
Contexte historique de la Bhagavad Gita
La Bhagavad Gita est un texte que j'inclus toujours dans mes formations de 200 heures. Certains l'adorent, d'autres le détestent, mais il ne laisse jamais indifférent. Nous allons tenter de mieux le comprendre et de l'intégrer dans notre vie quotidienne. Patrick va nous expliquer, remettre en contexte et nous plonger dans la Bhagavad Gita.
La Bhagavad Gita est en fait un chapitre d'un grand conte épique appelé le Mahabharata. "Maha" signifie la grande histoire, l'histoire complète de Bharata. Bharata désigne la dynastie des Bharata, mais aussi l'ancien nom de l'Inde, avant que les Anglais ne la rebaptisent. Ainsi, le Mahabharata est la grande histoire de l'Inde.
La Bhagavad Gita est relativement courte comparée au Mahabharata, qui compte près de 100 000 strophes, bien plus que l'Odyssée. Le Mahabharata est une immense épopée et la Bhagavad Gita n'est qu'un petit chapitre crucial de cette grande histoire.
Le Mahabharata raconte l'histoire de l'univers, du monde, à travers deux grandes familles qui se disputent un royaume. Ces familles symbolisent les valeurs lumineuses et ténébreuses, et bien qu'elles soient de la même famille, elles se livrent une guerre. La Bhagavad Gita arrive à un moment clé, juste avant une grande bataille entre les deux familles. Les Kauravas et les Pandavas, cousins, se préparent à s'affronter. Arjuna, un Pandava, se trouve au milieu du champ de bataille avec son cocher, Krishna.
On situe cet épisode entre 200-300 ans avant notre ère, bien que certains disent que cela pourrait remonter à 1000 ans avant notre ère. L'auteur de cette histoire est inconnu, mais on parle d'un auteur mystique, Vyasa, qui aurait reçu cette histoire par révélation. Vyasa signifie compilateur, ce qui suggère qu'il pourrait y avoir eu plusieurs auteurs. La Bhagavad Gita, comme le Mahabharata, a été transmise oralement et est encore jouée dans les villages sous forme de pièces de théâtre.
Sur le champ de bataille, Arjuna, pris de doutes et d'effroi, se demande comment il peut combattre et tuer des membres de sa propre famille, des amis et des professeurs. Il s'effondre devant Krishna, son cocher, qui se révèle être le dieu Krishna, une incarnation de Vishnu. Krishna, dans cet épisode suspendu dans le temps, enseigne à Arjuna les vertus de l'action. Il lui explique qu'il est impossible de ne pas agir, car même la pensée est une forme d'action. L'inaction n'existe pas. Krishna insiste sur le fait qu'Arjuna doit agir selon son dharma, son devoir, pour préserver les lois de l'univers.
Avant de continuer, il est important de comprendre le rôle de chaque dieu dans cette histoire :
Brahma : le créateur de l'univers. Il symbolise le commencement de toute chose.
Vishnu : le protecteur, chargé de maintenir l'équilibre et l'ordre dans l'univers. Krishna, qui enseigne Arjuna, est une incarnation de Vishnu.
Shiva : le destructeur et le transformateur. Il représente la fin des cycles, la dissolution nécessaire pour la création de nouveaux commencements.
Ces trois dieux forment la Trimurti, une triade divine fondamentale dans l'hindouisme.
Agir selon ses qualités intrinsèques
Arjuna est destiné à être un guerrier et un souverain, et il a la responsabilité de préserver les lois cosmiques. Si les lois de l'univers sont détruites, le cosmos entier est en danger. Krishna lui apprend à prendre du recul, à ne pas agir selon son ego, mais à voir la grande image et à comprendre les conséquences de ses actions sur l'univers, la nature, et l'humanité.
On est, et on est exactement, on est dans la vraie vie et on est dans une situation paroxystique. Tu vois, on est dans une situation où il y a le feu, il faut faire quelque chose quoi, ce n'est pas le moment de discuter. Eh bien si, peut-être qu'à ce moment où tout te pousse à agir, où tout te pousse à rentrer dans la bataille en l'occurrence, mais où tout te pousse à y aller, à gueuler, à te mettre en colère, à tout foutre en l'air, peut-être que c'est à ce moment-là qu'il faut prendre un temps, prendre de la distance et voir ce qui est bon de faire, de se recentrer, de se centrer sur son axe et de prendre une décision qui va partir du fond de soi, du fond de notre être.
Cet enseignement se fait au milieu d'un champ de bataille, dans une situation paroxystique, loin d'un ashram paisible. Cela montre que le yoga nous apprend à trouver la juste action même dans les moments de crise.
Krishna enseigne à Arjuna à agir selon ses qualités naturelles, en prenant en compte l'ensemble des choses autour de lui. Nous sommes tous interdépendants, et chaque action ou inaction a des conséquences sur les autres et sur l'univers. Cet enseignement, au cœur du champ de bataille, nous montre l'importance de prendre du recul et de centrer nos décisions sur notre être profond, même dans les moments les plus intenses de la vie. C'est là que réside la sagesse du yoga.
Ce sont des leçons précieuses sur l'action, le devoir, et l'interdépendance de la vie. La BG nous invite à transcender notre ego et à voir la grande image, à agir en harmonie avec les lois de l'univers. C'est une invitation à vivre le yoga dans chaque instant de notre vie, même au milieu des batailles les plus difficiles.
Les enseignements de la Gita dans le yoga
Le yoga nous enseigne que sous les différentes couches, physiques, énergétiques, d'une couche de pensée, de mémoire, d'inconscient et au fond se trouve un couche d'intuition. Au fond de nous il y a quelque chose qui voit clair. Le travail du yoga serait de polir un peu la couche physique, la couche énergétique, la couche intellectuelle, mentale, des mémoires, pour laisser émerger cette intuition, tu vois. Et c'est ce que fait Arjuna quand il s'effondre. Il lâche prise.
Il s'effondre et il lâche prise. Il demande de l'aide. Il dit mais non, mais là, je n'ai pas la réponse. Qu'est-ce que je fais ? Je ne peux pas. Alors qu'il a un titre, que c'est un seigneur, que c'est, on attend de lui et qu'il prenne une décision. Mais il prend ce temps-là
Il va apprendre à agir pour soi et depuis le soi (et pas depuis le moi), c'est ce que Krishna préconise : agir depuis son soi, pas depuis l'ego, mais depuis son soi. Depuis son âme, depuis cette étincelle de vie qui réside dans tout être. D'aller chercher cette étincelle et d'agir depuis ça.
Agir non pas selon ses automatismes, sortir du mode pilotage automatique. Car effectivement, dans la vie, on se laisse glisser. On est un peu comme une balle qui roule sur une pente et puis on suit la courbe de la pente. Automatiquement. Et le yoga parfois c'est aller contre la pente, c'est aller contre le sens des choses qui parfois à se mettre contre des personnes. Mais de pas forcément suivre la pente de tout le monde, la pente qui nous est donnée.
La vie se rappelle à nous et nous met des obstacles. Quand l'autoroute est trop confortable, en général… il y a une prise de conscience.
Agir en renonçant aux fruits de l'action, sans se soucier du résultat
Avant d'agir, il est crucial d'abord de s'arrêter, faire une pose, prendre un instant de recul et de s'ancrer en soi, de se centrer pour déterminer si une action est purement égoïste.
Krishna évoque : tu dois agir, mais en abandonnant les fruits de l'action. Cela signifie agir sans s'approprier les fruits de l'action, c'est-à-dire ne pas agir depuis ton ego, mais plutôt de manière à ce que l'action profite à tous.
Ce concept de "profiter à tous" est vaste, mais il s'agit d'agir depuis ton essence, non depuis ton moi. Tu dois donc te détacher des fruits de ton action. Si tu attends ces fruits, si tu agis pour une récompense, alors quelque chose n'est pas aligné. Il y a un déséquilibre. C'est pareil pour l'échec.
Krishna nous enseigne également l'équanimité : que ton action soit couronnée de succès ou d'échec, tu dois rester modéré. Tu ne dois pas te laisser dévaster par l'échec ni t'enorgueillir du succès.
Le yoga nous enseigne à être des joueurs, des parieurs avec la vie, à la regarder avec un sourire d'enfant. Les enfants se moquent du résultat ; ils s'amusent simplement. Projeter ses attentes, c'est se limiter, c'est ériger des critères de ce qui est bien ou mal.
Le yoga célèbre le moment présent, souvent galvaudé, mais c'est vraiment vivre l'instant, apprécier l'instant. Même si quelque chose n'est pas idéalement comme prévu, ce n'est pas grave. Le bien et le mal sont relatifs et font partie d'une même réalité. C'est relatif.
Ce qui compte c'est comment agir
Krishna nous parle de discernement : avant d'agir, nous devons nous arrêter et discerner ce qui est nécessaire et ce qui ne l'est pas. Même lorsque nous voulons aider, cela part souvent d'une bonne intention, mais il est crucial de vérifier si notre action est réellement bénéfique pour l'autre personne.
Cela commence toujours par une bonne intention, mais parfois cela tourne mal. Un exemple frappant : une mère bien intentionnée dit à sa fille : "Les grandes filles ne pleurent pas." Si elle se rendait compte de ses mots, elle se dirait probablement : "Oh non, qu'ai-je dit ?" Nos actions peuvent sembler bonnes, mais elles peuvent parfois être mal interprétées ou contre-productives.
Le plus important, c'est comment tu dis bonjour à quelqu'un, comment tu regardes les gens, est-ce que tu les regardes dans les yeux, est-ce que tu dis simplement bonjour. C'est dans les petites choses : comment tu fais ton ménage chez toi, comment tu accomplis les tâches quotidiennes, comme te brosser les dents. Ce sont ces petites actions et la manière dont nous les accomplissons qui sont des indices pour vivre, entre guillemets, comme un yogi. C'est l'intention et la présence que tu y mets, que ce soit dans le postural ou dans le relationnel.
Ce qui compte, c'est l'intention derrière nos actions, et comment nous les mettons en œuvre, que ce soit dans nos interactions quotidiennes, dans nos pensées, sans tomber dans le piège de la pensée positive à tout prix. C'est devenir conscient de nos pensées, de nos motivations, de nos réactions, même les plus subtiles. C'est cela, vivre en tant que yogi aujourd'hui, en 2024, dans une société complexe et diversifiée comme Paris.