Enseigner le yin yoga, ce n’est pas…
Le yin yoga… toujours la même chose.
Tous les profs de yin que j’ai croisés à Paris répètent exactement les mêmes phrases, les mêmes concepts, sans jamais aller plus loin.
L’autre jour, une élève me dit : "Tu nous as manqué la semaine dernière quand tu étais malade, le cours était différent."
Je lui demande ce qui s’est passé, et je tente une prédiction : "La prof a commencé par dire que les trois piliers du yin yoga sont… puis elle a parlé de faire circuler le Qi dans les méridiens, c’est ça ?"
Elle sourit, un peu surprise : "Oui, exactement."
Et voilà où on en est.
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Le yin yoga est une pratique profonde, lente et introspective. Pourtant, l’enseigner demande bien plus que de simplement répéter des leçons par coeur ou de laisser un silence prolongé s’installer. La transmission de cette discipline implique une vraie réflexion sur ce que l’on partage, comment on l’explique et ce que cela apporte réellement aux élèves. Voici 7 points fondamentaux à questionner pour ne pas tomber dans l’écueil d’un enseignement superficiel.
1. Ce n’est pas citer les trois piliers juste pour les citer
Tous les profs de yinyoga que j’ai pu voir à Paris commencent le cours exactement comme ceci : “les 3 piliers du yin yoga sont : la lurée, l’immobilité, la sensation.
OK, c’est super, tu as récité par coeur ta leçon.
Mais ça m’apporte quoi à moi ?
Je ne dis pas qu’il ne faut pas revenir systématiquement sur les bases du yin yoga, mais pourquoi ne pas le dire à ta façon à toi ? Avec tes mots à toi ? Il y a tant de choses à développer.
Un peu de profondeur, s’il vous plaît !
Parler de l’immobilité : pourquoi cette immobilité ? Est-ce une fin en soi ou un outil ? Comment impacte-t-elle le système nerveux ? Quels sont les mécanismes internes mis en jeu ?
Evoquer la durée, oui, mais donner du sens, c’est encore mieux ! Pourquoi rester longtemps dans une posture ? S’agit-il seulement d’un étirement plus profond ou d’une réaction plus complexe du corps et du mental ?
La sensation / l’endroit juste. On pourrait écrire des livre sur le ressenti dans une posture. De quelle sensation on parle ? Pourquoi certains perçoivent-ils beaucoup alors que d’autres ne ressentent presque rien ? Juste pour quoi ? Pour qui ?
Si ces notions restent superficielles, elles ne servent pas les élèves. Ce n’est pas suffisant d’énoncer ces principes sans les incarner ni les expliquer. Le yin yoga ne se réduit pas à un enchaînement de postures lentes, il invite à une exploration subtile du corps et du ressenti. Un bon enseignant ne se contente pas de transmettre des concepts, il les rend vivants et pertinents.
2. Ce n’est pas parler des méridiens sans savoir de quoi on parle
Les méridiens… combien de fois ai-je entendu cette phrase : “On va activer les méridiens pour faire circuler l’énergie.” Ah bon ? Mais ça veut dire quoi, exactement ? Et d’où vient cette information ?
L’un des aspects du yin yoga qui intrigue le plus est son lien avec la médecine traditionnelle chinoise est les méridiens. Mais répéter des affirmations vagues sur la circulation de l’énergie sans véritable compréhension de ce système ne sert à rien.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler des méridiens, mais encore faut-il savoir ce que l’on transmet. Parler des méridiens, c’est évoquer des concepts issus de la médecine traditionnelle chinoise. Or, cette médecine est un univers immense, complexe, qui demande des années d’études pour en saisir les nuances. En Chine, devenir médecin traditionnel demande souvent plus de 8 ou 9 ans de formation. Alors comment peut-on, après quelques heures de formation en yin yoga, prétendre expliquer le fonctionnement de ces canaux énergétiques comme si c’était évident ?
Stop les raccourcis SVP !
Quelle est la place des méridiens dans la pratique ? Sont-ils une réalité biologique ou une vision énergétique issue d’une tradition ancienne ?
Quelle utilité pour les élèves ? Dire qu’une posture active tel ou tel méridien est une chose, mais cela leur apporte-t-il vraiment un éclairage pertinent sur leur propre corps et ressenti ? Est-ce vrai ?
Comprendre au lieu d’affirmer. La médecine chinoise est un domaine vaste qui ne s’assimile pas en quelques heures. Plutôt que d’asséner des affirmations simplistes (“cette posture active le méridien du foie”), pourquoi ne pas poser des questions ? Pourquoi ne pas dire : “Selon la médecine chinoise, ce méridien est relié à telle fonction. Cela peut peut-être résonner pour vous, peut-être pas. Observez ce qui se passe.” Cela laisse de la place à l’exploration personnelle. Cela permet aux élèves de sentir sans avoir besoin de croire.
Le yin yoga est riche de ses influences, mais il ne faut pas trahir la complexité des traditions qui l’inspirent. Ce n’est pas “faire circuler l’énergie” parce qu’on l’a lu quelque part. C’est inviter à une curiosité authentique, à une observation profonde, et à une réflexion humble.
Faire circuler l’énergie dans les méridiens, c’est une belle idée. Mais que met-on vraiment derrière ce concept ? Le corps humain est plus complexe que des lignes tracées sur un schéma. Un enseignement honnête du yin yoga nécessite de reconnaître ces limites et d’adopter une approche nuancée.
3. Ce n’est pas parler des émotions sans savoir de quoi on parle
Parler d’émotions en yin yoga est essentiel, mais encore faut-il savoir comment. Trop souvent, les enseignants lancent des phrases vagues comme "Ressentez cette émotion" sans expliquer laquelle, pourquoi elle émerge, ou même ce qu’est une émotion et à quoi elle sert.
Une émotion, c’est quoi ? Une réaction physiologique, pas juste une sensation flottante qu’il faut aimer / accepter parce que le monde il est gentil.
A quoi elle sert ? Si l’ont doit parler de peur, colère, joie, tristesse… quoi en dire si on n’en connait pas l’utilité ? Comment découper les 6 émotions primaires en un large panel d’émotions pour enrichir notre discourt ? Comment enrichir son vocabulaire dans cette pratique où la parole prend tant de place ?
Sortir des clichés : "Ouvrez votre cœur", "Faites-vous confiance"… ok, mais concrètement ? Si on ne donne pas d’outils clairs, ces phrases restent creuses et inefficaces.
Si ce sujet t’intéresse et que tu veux savoir comment parler d’émotions sans tomber dans le gnangnan, va voir ma vidéo : Comment parler d’émotions sans être gnangnan.
4. Ce n’est pas laisser les élèves dans le silence sans intention
Le silence est un outil puissant mais intentionnel.
Le silence est une composante importante du yin yoga, mais il doit être porteur de sens. Trop souvent, on observe un silence par défaut : l’enseignant ne guide pas, ne donne pas de direction, et laisse ses élèves se débrouiller dans cet espace vacant. Ce n’est pas une invitation à l’introspection, c’est un manque d’accompagnement.
L’enseignant doit savoir pourquoi et surtout quand l choisit de laisser un moment de silence. A quel moment ? En début de cours, les élèves ont souvent besoin de dénouer leurs tensions. Votre voix leur apporte ce réconfort, cette présence. Elle les aide à se poser, à entrer dans la pratique. Le silence, lui, arrive petit à petit. C’est progressif, pas brutal. Pas “boom, allez silence”. On y conduit les élèves doucement, on les prépare.
Le silence doit être assumé, réfléchi et guidé. Il doit être soutenu par des indications subtiles qui maintiennent l’élève en contact avec ses sensations et son expérience intérieure.
Voici 3 astuces pour guider ces moments de silence :
Guider la respiration : Inviter les élèves à porter leur attention sur l’allongement de l’expiration ou sur la fluidité de leur souffle.
Guider un scan corporel : Encourager une exploration intérieure, partie par partie, pour observer les sensations, les tensions, les relâchements.
Guider une visualisation vers un lieu refuge : Proposer un voyage intérieur vers un endroit imaginaire, apaisant et rassurant.
L’enseignant joue alors un rôle clé : il ne remplit pas le silence avec du bavardage inutile, mais il ne le laisse pas non plus se transformer en vide. Il accompagne avec subtilité, donne des repères et ouvre des portes vers une expérience plus consciente et profonde.
5. Ce n’est pas rester sur ton tapis sans se déplacer ni ajuster !
Enseigner le yin yoga, ce n’est pas s’asseoir sur son tapis et laisser l’heure s’écouler. L’enseignant doit se déplacer, observer les élèves sous différents angles, ajuster avec soin et guider l’expérience.
En bougeant, on remarque des détails qui échappent à une vue statique. Un élève qui paraît stable d’un certain point de vue peut compenser ailleurs. Un bassin en torsion passe inaperçu tant qu’on ne change pas d’angle. Une élève qui semble détendue peut en réalité maintenir une tension dans ses épaules. Ces observations, impossibles depuis un seul angle, deviennent évidentes dès qu’on prend le temps de se déplacer dans la salle.
Se déplacer, c’est aussi une manière de rassurer les élèves, de leur montrer que l’on est là, présent. Ces déplacements permettent de voir, de comprendre, et de mieux répondre à leurs besoins.
C’est dans ces moments qu’interviennent les ajustements. Loin de “corriger” une posture de façon autoritaire, ajuster (je préfère dire assister) revient à offrir une direction, un repère.
Ce toucher, qui n’a rien d’imposé, devient un moyen d’aider les élèves à se sentir mieux dans leur corps. En explorant cette relation entre tension et relâchement, ils peuvent mieux appréhender leur pratique.
Le Thaï Yoga Massage fait partie intégrante de notre formation. Pourquoi ? Parce qu’il permet d’affiner le ressenti, et d’un simple geste, de relâcher une tension chez l’élève, que peut être, il ne peut pas détendre seul.
Il offre aussi une compréhension plus concrète des méridiens, souvent évoqués en yin yoga mais rarement expérimentés dans le corps.
Toucher, assister, masser fera de toi la professeure attentionnée et tournée vers es élèves.
6. Ce n’est pas ignorer l’anatomie et la physiologie
Le yin yoga ne se limite pas à tenir des postures longtemps. C’est comprendre ce qui se passe réellement dans le corps et pouvoir l’expliquer. Enseigner le yin yoga, c’est être capable de répondre à des questions simples mais cruciales : pourquoi tenir une posture aussi longtemps ? Pourquoi sommes nous aussi détendus après une séance de yin yoga ? Ca marche comment ?
Enseigner le yin yoga, ce n’est pas simplement répéter des phrases apprises par cœur. C’est être capable de donner du sens. Par exemple, pourquoi cette posture mérite d’être tenue plusieurs minutes, pourquoi cet élève a besoin d’un support, et pourquoi l’autre ressent des tensions là où on s’attendait à de la détente. Ce n’est pas juste dire “c’est normal” ou “c’est comme ça”. C’est expliquer avec clarté et intention.
La connaissance des principes anatomiques fait partie intégrante de cet enseignement. On ne peut pas ignorer l’importance des leviers anatomiques, des différents types d’étirements, ou de l’impact sur le système nerveux. Ce n’est pas pour faire un cours magistral, mais pour ajuster avec précision et donner des indications qui font sens pour chaque élève. Dire à quelqu’un “mettez ce bolster sous vos genoux” est une chose. Leur expliquer pourquoi ce soutien aide leurs ligaments ou leur fascia à mieux se relâcher, c’est un tout autre niveau de pédagogie. Et c’est là qu’un enseignant de yin yoga fait toute la différence.
7. Un peu de profondeur, SVP !
Enseigner le yin yoga, ce n’est pas réciter des concepts et répéter ce que tu as entendu en formation. C’est comprendre ce que tu transmets et pourquoi tu le transmets.
Petit indice : si tu trouves ça sur Google en 30 secondes, alors ce n’est ni profond, ni vraiment utile.
Mais au-delà de ce que tu enseignes, es-tu, toi-même, connectée à ta propre profondeur ? Est-ce que tu questionnes vraiment ce que tu vis ? Ou est-ce que tu restes en surface, en répétant des phrases toutes faites ? As-tu vécu ce que tu partages ? Ou est-ce juste une théorie apprise en formation ? Est-ce que tu creuses dans ton expérience personnelle ? Est-ce que tu observes tes réactions, tes émotions, tes résistances ? Ou bien est-ce que tu transmets sans t’être interrogée sur ce que ça signifie vraiment pour toi ?
Personne ne peut pas guider ses élèves dans une exploration intérieure s’il n’a pas lui-même fait ce chemin. Il ne peut pas inviter à ralentir, à ressentir, à observer, s’il ne l’a pas d’abord expérimenté dans sa propre pratique, son propre corps, sa propre vie.
Si tu ne grattes pas sous la surface, si tu ne t’autorises pas à explorer ta propre profondeur, alors ton enseignement restera creux.
Alors, est-ce que tu es vraiment connectée à ce que tu transmets ?
Ou est-ce que tu restes en surface, à répéter ce que tu crois qu’il faut dire ?
Parce que si toi-même tu ne vas pas en profondeur, comment veux-tu emmener tes élèves avec toi ?