Harcèlement en cours de yoga : faut-il refuser les hommes ?
Harcèlement en cours de yoga : un problème récurent
Ce n’est pas la première fois que j’entends une jeune professeure de yoga raconter une anecdote troublante : un homme qui choisit systématiquement le tapis juste en face d’elle, torse nu, respirant bruyamment au point de pousser des cris quasi-orgasmiques. Toujours le premier à arriver, toujours le dernier à rester pour « discuter ».
Et ce n’est pas qu’en studio. Le harcèlement se prolonge souvent sur les réseaux sociaux, où des messages insistants et inappropriés finissent parfois par devenir des menaces. Une enseignante m’a confié avoir dû déposer plusieurs mains courantes pour elle-même, mais aussi pour protéger sa famille, car son harceleur avait ciblé son père. Ce n’est pas juste une ou deux histoires isolées : c’est une réalité à laquelle beaucoup de jeunes femmes enseignantes de yoga doivent faire face.
Yoga, réseaux sociaux et sexualisation
Pourquoi le yoga semble-t-il attirer ce genre de comportements ?
Le yoga, dans sa nature profonde, n’a rien de sexuel. Pourtant, l’image qu’on en donne sur les réseaux sociaux contribue parfois à brouiller les cartes. Postures suggestives, vêtements minimalistes, hashtags comme #flexibility... Même sans intention de provoquer, beaucoup d’enseignantes se retrouvent malgré elles sous le feu de projecteurs indésirables. Et celles qui ne publient rien de suggestif ne sont pas à l’abri pour autant.
Mais pour ne pas non plus stigmatiser les hommes, sachez que ce genre de comportement ne se limite pas à ces derniers. Il m’a été rapporté des histoires de femmes poussant des respirations bruyantes, exécutant des postures type renfo, corbeau ou autre en pleine relaxation, au mépris des autres participants et de l’énergie du cours. Ce manque de respect, qu’il vienne d’un homme ou d’une femme, remet en question la gestion des studios de yoga. Certains élèves ont même une fiche client remplie de commentaires de profs expliquant qu'ils ne supportent plus ce comportement (heureusement, c’est très très rare !).
Les studios de yoga : mal outillés ou peu engagés ?
Certaines professeures témoignent d’un manque de soutien flagrant de la part des studios (CF la fiche client bourrée de commentaires de 4 ou 5 profs différents, et pourtant, l’élève est tjs là !?). Une enseignante m’a raconté que dans un studio géré par des femmes, ses plaintes concernant un élève irrespectueux n’ont mené à aucune action. Par contre, dans un studio dirigé par des hommes, la situation a été prise en main immédiatement. Pourquoi ? Peut-être parce que ces gérants masculins connaissaient mieux les comportements problématiques des hommes ? Ou est-ce qu'ils savent mieux comment les gérer ?
Mais est-ce vraiment une question de genre ? Ou est-ce une question de formation et de responsabilisation des studios ? Trop souvent, les structures restent passives, prennent peu de décisions franches face aux comportements toxiques, laissant les enseignantes gérer seules des situations parfois dangereuses.
Faut-il refuser les hommes dans ses cours de yoga ?
Face à ces expériences traumatisantes, certaines enseignantes envisagent de réserver leurs cours aux femmes. C’est le cas d’une professeure que je connais et qui explique sur son compte instagram qu’elle n’en peut plus. Et franchement, elle a pourtant essayé, et c’est une personne tout ce qui a de plus humble. C’est une solution compréhensible, mais est-ce réellement la bonne réponse ?
Interdire les hommes dans les cours de yoga ne ferait que masquer le problème sans s’attaquer à ses racines. Le yoga est un espace qui devrait être inclusif, mais sécurisé. Alors, quelles solutions adopter ?
Pistes pour un yoga plus respectueux
Établir des règles explicites : Afficher un code de conduite dans les studios peut rappeler aux élèves (hommes et femmes) les comportements acceptables. Par exemple, respecter le silence en relaxation ou éviter les postures invasives.
Former les gérants de studios : Les studios de yoga peuvent, s’ils le souhaitent, être sensibilisés aux questions de harcèlement. De nombreuses formations existent. Ils peuvent alors trouver le soutien pour établir des protocoles clairs pour intervenir rapidement et efficacement en cas de problème.
Prendre au sérieux les signalements : Lorsqu’une enseignante se plaint d’un élève, cette plainte doit être prise au sérieux, sans banalisation ni excuse. Et tout de suite, pas après quelque semaines (ou mois).
Sensibiliser les enseignants : En tant que formatrice, je m’attache à préparer mes élèves à ces réalités. Je leur apprends à s’affirmer, à sortir de cette image trop « naïve », “douce” ou « gentille » souvent associée aux jeunes professeures de yoga. Je leur explique qu’elles doivent incarner une certaine autorité dans leurs cours, poser des limites claires et émaner une énergie de confiance. On peut faire un 200h où on apprend des postures, ou un 200h avec Chakra Flow® où on trouve suffisamment de confiance pour faire face à ce genre de situations.
Donner des outils concrets aux professeurs : Au-delà de la théorie, je fournis des outils pratiques. Par exemple : travail sur la communication non verbale, présence, charisme, énergie, déplacement (j'ai par ailleurs fait intervenir un comédien qui nous a été d’une très grande aide lors de la formation 80h avancée ! Il reviendra sûrement cette année). Et même si ça a l’air bête, mais en cas de solution SOS, j’ai aidé une prof à préparer une phrase clé pour répondre à un comportement déplacé, qu’elle a appris par cœur et utilisée avec succès. Ce genre de préparation peut faire toute la différence.
Repenser la formation des professeurs : Trop souvent, les formations de yoga négligent ces aspects pratiques, le concret, la vié réelle quoi ! Il est essentiel d’intégrer des modules sur la gestion des comportements déplacés, la posture à adopter, la communication et la manière de poser des limites.
Savoir refuser avec fermeté : Moi aussi, j’ai été tentée par la solution de facilité quand un homme m’a écrit sur Instagram pour demander une séance privée. Mais avec mon expérience, mon âge, je sai renifler un “Jean Michel grand écart” ou “Jean Michel pieds” à 10 km. Je cerne assez rapidement lorsqu’une demande n’est pas sérieuse. Parfois, j'ai de l'énergie, alors je laisse la chance… et parfois, quand on m'écrit “cc cv, je voudrais réserver une séance, non mais plutôt une séance individuelle…”, je réponds : « Je ne donne pas de cours particuliers. » Ce qui est faux, mais je n’avais aucune envie de passer des heures à échanger pour finir par devoir bloquer cette personne. Est-ce une solution idéale ? Pas vraiment. Mais parfois, il faut aussi choisir ses batailles.
Restaurer le yoga comme espace de sécurité
Le yoga est une pratique de connexion, de respect, et d’harmonie. Il est inacceptable qu’il devienne un espace de stress ou de harcèlement, en particulier pour celles qui le partagent avec passion en tant qu’enseignantes. La solution n’est pas d’exclure les hommes, mais d’instaurer des environnements où chacun respecte l’autre.
Ensemble, en tant que communauté, nous devons refuser toute forme de banalisation ou de silence face à ces comportements. En formant mieux les professeurs, en sensibilisant les studios, et en reprenant le contrôle sur l’image du yoga, nous pouvons rendre cette pratique plus sûre et plus inclusive pour tous.