La précarité cachée derrière les tapis de yoga : ce que j’ai appris d’un créneau supprimé
Dans l’imaginaire collectif, enseigner le yoga semble être un métier de passion, de sérénité et d’harmonie. Pourtant, derrière les tapis et les postures, la réalité est souvent bien plus précaire. Dernièrement, j’ai fait face à une situation qui m’a poussée à réfléchir à la professionnalisation de notre métier. Un créneau que j’occupais depuis plusieurs mois dans un studio a été supprimé.
Cette décision, bien que légitime de la part du studio, soulève des questions importantes sur la précarité de notre secteur. Voici un tour d’horizon des difficultés rencontrées des deux côtés de la relation, et quelques conseils pour mieux naviguer dans cette réalité.
Un marché en tension : pourquoi les professeurs de yoga sont-ils si exposés ?
Le secteur du yoga a explosé ces dernières années. En France, selon une étude de 2021, le nombre de pratiquants réguliers aurait doublé en moins de dix ans, atteignant près de 10 millions de personnes. Parallèlement, le nombre de professeurs formés chaque année a lui aussi augmenté, créant une compétition importante pour obtenir et conserver des créneaux dans les studios.
Ajoutez à cela l’émergence du yoga en ligne et la multiplication des offres à bas prix, et vous obtenez un marché à la fois saturé et sous tension. Les studios doivent jongler entre rentabilité, qualité de l’offre et satisfaction des élèves. De leur côté, les professeurs sont souvent dans une position d’autonomie (statut d’auto-entrepreneur) qui les expose à des pratiques professionnelles parfois floues ou déséquilibrées.
Se mettre à la place du studio : des contraintes multiples
Pour comprendre les décisions parfois abruptes des studios, il faut aussi reconnaître leurs réalités et leurs contraintes :
Une économie fragile : Beaucoup de studios fonctionnent avec des marges faibles. Le moindre créneau peu rentable peut mettre en péril leur équilibre financier.
Des attentes élevées des clients : Les élèves ont des exigences croissantes en termes d’horaires, de qualité d’enseignement et d’expérience globale. Si un créneau ne répond pas à ces attentes, le studio peut être tenté de le modifier ou de le supprimer.
La difficulté à prendre des décisions collectives : Dans un univers où les professeurs travaillent de manière indépendante, les studios manquent parfois de cadres formels ou de conventions pour organiser la relation de travail de façon fluide et respectueuse.
Se mettre à la place du professeur : un sentiment d’instabilité
De l’autre côté, les professeurs sont souvent en première ligne face à ces décisions :
La perte d’un créneau = une perte de revenus : En moyenne, un professeur perd entre 150 à 300 € par mois pour chaque créneau supprimé, sans compensation.
Une relation émotionnelle avec les élèves : Construire un cours régulier, c’est aussi créer un lien de confiance avec ses élèves. L’arrêt d’un créneau signifie souvent la fin brutale de cette relation, sans possibilité de la clôturer correctement.
Un manque de cadre clair : Beaucoup de professeurs, notamment en début de carrière, n’ont pas les outils ou les connaissances nécessaires pour poser des bases solides dans leurs collaborations. Cela peut les exposer à des décisions unilatérales et précipitées.
Conseils pratiques pour une relation équilibrée
Pour éviter ces frustrations et créer des collaborations harmonieuses, voici quelques conseils :
Exigez une période d’essai : Combien de temps le créneau sera-t-il testé avant qu’une décision soit prise ? Cela doit être clair et transparent dès le départ.
Mettez en place une structure écrite : Même en tant qu’auto-entrepreneur, insistez sur un contrat ou une convention. Cela protège les deux parties.
Précisez les conditions de rupture : Convenez d’un délai de préavis acceptable (idéalement entre 1 et 3 mois) en cas de suppression de créneau.
Définissez des objectifs réalistes : Discutez avec le studio pour déterminer les critères de succès d’un créneau (nombre d’élèves minimum, fréquentation moyenne).
Clarifiez les attentes mutuelles : Assurez-vous que le studio comprend vos besoins (disponibilités, contraintes) et que vous connaissez leurs priorités.
Conclusion : avancer ensemble
Le yoga repose sur des valeurs de bienveillance, d’échange et de respect. Ces valeurs doivent s’appliquer également à nos relations professionnelles. Studios et professeurs ont tout à gagner à créer des collaborations fondées sur la communication, la clarté et la transparence.
En tant que professeurs, nous avons le devoir de nous professionnaliser pour poser des bases solides. Et en tant que studios, l’opportunité de valoriser les talents qui font leur succès.
Et vous, quelles sont vos expériences dans ce secteur ? Quelles bonnes pratiques pourraient améliorer cette collaboration essentielle ?